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30 juillet 2005
Didier Gualeni

Brésil : Les premiers photographes d’un empire sous les Tropiques

Il est toujours émouvant de découvrir des photos publiées pour la première fois en France, dont certaines sont totalement inédites. L’année du Brésil est un prétexte qui tombe à pic pour ce bel ouvrage. La photo ancienne a le vent en poupe depuis quelques années. La réputation de Le Gray a attiré l’attention d’un large public à la BNF l’an dernier. Il y a quelques mois le Pavillon des Arts mettait à l’honneur la photographie italienne ancienne en nous faisant découvrir la richesse du fond Alinari. Actuellement le musée d’Orsay présente « L’empire brésilien et ses photographes » puis ce sera au tour du musée Carnavalet à la fin du mois de septembre d’exposer les photographies de Marc Ferrez (1843-1923), avec des vues anciennes de Rio de Janeiro et des paysages d’un Brésil. Le grand public a déjà eu l’occasion de voir des photographies anciennes d’Égypte, du Japon, d’Inde et de Chine mais l’iconographie du Brésil était absente de notre imaginaire.

En réalité le colonisateur portugais pour éviter les convoitises sur les richesses naturelles du pays, est allé jusqu’à interdire toute publication locale de livre. C’est à partir de 1820 que la cour du Portugal c’est installée sur place, et ce jusqu’en 1899. Les photographes sont venus d’Europe vers 1850, attirés par les potentialités de développement de ce nouveau pays. Ils sont pour la plupart allemands comme Revert Henry Klumb, Albert Frisch, Augusto Riedel, ou français comme Victor Frond, Auguste Stahl et Marc Ferrez. Parmi eux figure le pionnier de la photographie dans le Nouveau Monde, le niçois Hercule Florence. Cet aventurier découvre en 1833, en voulant « photocopier » une étiquette pour un pharmacien, un procédé de reproduction qu’il baptise « photographie ». Il utilise de l’urine comme fixateur ! Une seule image survit aujourd’hui, retrouvée par l’auteur du livre en 2000 et reproduite dans l’introduction. elle prouve la viabilité de ce procédé, qui n’eut pas de suite, en raison de l’isolement de son inventeur.

L’empereur Pedro encourage la photographie en y ayant recours pour des portraits et des reportages. Les photographes de l’époque sont fascinés par des paysages extraordinaires, par des indiens d’Amazonie. Les photos d’esclaves semblent aussi faire recette, les européens en visite sur ce continent aiment ramener des souvenirs sous forme de photos. Ce livre rassemble près de 300 photos documentaires, de rues, de façades d’immeubles, d’hôtels au nom français, d’ouvrages d’art en construction. Une compagnie ferroviaire anglaise la Bahia and Sao Francisco Rilway a commandé à Stahl un reportage sur les différentes étapes de construction de la ligne Recife Escada. Il en reste à ce jour une quarantaine d’images, un album avait été offert à l’empereur. Ces vieilles images sont le témoin d’un pays qui n’existe plus dans cet état, l’urbanisation galopante a changé le visage des villes, on les regarde avec nostalgie comme rescapées d’un long voyage. En effet certaines photos sont apparues dans des collections européennes, les conditions climatiques locales n’ont pas toujours été très adaptées pour leur pérennité.

En savoir plus

Gallimard (Editeur)
Bia do Lago Corrêa (Auteur)
Pedro do Lago (Auteur)
Marc Ferrez (Photographe)
ISBN : 2 07 03073
Format : 27,8 x 23,4 cm, 240 pages, 300 photos
Prix : 50 euros

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