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23 octobre 2004
Didier Gualeni

Hans silvester - Hommage à la Provence du début des années 60

Le téléphone portable n’existait pas, le téléphone fixe était rare dans les campagnes. Il n’y avait pas de TGV qui permettait de se rendre de Paris à Marseille en moins de trois heures. Les temps changent mais les images restent. Qui se souvient d’avoir été réveillé de bonne heure par le martèlement du forgeron sur son enclume, de l’odeur de la corne brûlée du sabot du cheval au contact du fer qu’on lui pose ? Quel plaisir pour les enfants de voir envahir les ruelles du village par un troupeau de montons bêlant !

Ces images, ceux qui ne les ont pas connues, les retrouveront dans le livre de Hans Silvester. Il est composé de 250 photographies noir et blanc prises entre 1957 et 1964. A cette époque, on achetait les poules vivantes sur le marché. Imaginez deux secondes des poules vivantes dans un supermarché au rayon volailles ! L’agriculteur tranchait le cochon dans la cour de sa ferme. En Arles le charcutier volailler exposait les trophées de chasse sur le trottoir, à même le sol. Les gens ne paraissent pas bien élégants, il y avait les habits de la semaine et puis les habits du dimanche pour la messe, les mariages, les enterrements. Les personnes de cinquante ans paraissent bien plus âgées, les visages sont burinés par le soleil, les bâtiments sont décrépis. L’homme vit en permanence au contact direct des animaux. Il y a dans ce livre un bestiaire domestique bien ancré, chevaux, chiens, chats, moutons, poules, cochons, vachettes... La Provence est indissociable du monde gitan et de son pèlerinage des Saintes-Marie de la Mer. Ces familles se déplacent en carrioles tirées par des chevaux. L’installation de chauffage, quand elle existe, est des plus rustiques. Ici c’est un poêle vétuste, en plein milieu de la caravane, avec un trou au plafond pour laisser passer la cheminée. Nous sommes à mille lieux des grosses 4x4 allemandes ou japonaises tractant des « mobil home » et arborant des antennes paraboliques. Cela m’a donné l’occasion de me replonger dans un petit livre de Lucien Clergue intitulé « Les gitans » et dont les photos sont de la même époque.

Hans Silvester qui habite la Provence depuis 1962, rend hommage à cette terre aride et à la main de l’homme qui a monté pierre après pierres ses bories, mais qui a aussi façonné le paysage. Il faut voir ce livre comme un traité de sociologie, accessible à tous ceux qui aiment observer en profondeur chaque image. Hans Silvester ne fait pas d’effet, ses photos sont nettes, équilibrées, le sujet se trouve au centre ou dans une ligne de fuite subtilement cadrée. Il aime se mettre parfois en hauteur par rapport à son sujet, la focale la plus utilisée se rapproche de la vision humaine. C’est un beau livre que l’on aura plaisir à regarder avec des enfants pour leur faire découvrir un mode de vie sans télé, sans rap, rythmé par les saisons, le bruit des sabots des chevaux, le travail de la terre.

Une signature du livre « C’était hier. » est programmée le samedi 15 décembre 2004 de 11 heures à 12 heures 30, à Campredon - Maison René Char, en présence de Hans Silvester et de Marc Dumas. Une exposition reprend 80 photos du livre. Cette exposition bénéficie du soutien du laboratoire Dupon Digital Lab et de l’agence photographique Rapho.

En savoir plus

La Martinière (Editeur)
Hans silvester (Photographe)
Parution : 01/10/2004
28,5 x 28,5 cm, 276 pages, 250 photos
ISBN : 2-7324-314
Prix : 40 euros

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