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22 septembre 2004
Didier Gualeni

Le Cachemire en noir et blanc par Marie Dorigny

Depuis 1947, l’Inde et le Pakistan se disputent le territoire du Cachemire, entre temps la Chine s’est accaparée la partie la plus désertique. Cette contrée a été citée comme exemple de cohabitation religieuse où hindous, bouddhistes musulmans et quelques chrétiens vivaient sans heurts. A ce jour, ce territoire est composé majoritairement d’une population de confession musulmane.

Dans les années 1990, 250 000 pandits (hindous de la vallée) ont été chassés de la capitale par des groupes islamistes. Au total, dans la région, c’est plus de 350 000 personnes qui ont été victimes d’épuration ethnique et ont été déplacées.

Des groupes rebelles réclament l’indépendance du Cachemire, aussi l’armée indienne est omniprésente et réprime toute rébellion en exécutant les insurgés et en rasant leur maison. Marc Epstein journaliste, de l’Express, a rédigé les textes de ce livre. Il connaît parfaitement cette région pour s’y être rendu de nombreuses fois. Selon lui, la présence de l’armée est moins voyante qu’à une époque mais elle accompagne quotidiennement les faits et gestes de la population.

En 1665, François Bernier, l’un des premiers visiteurs européens disait en parlant du Cachemire « Le royaume dépasse en beauté tout ce que j’avais anticipé ». Le titre de l’ouvrage reprend l’image d’un paradis oublié, les paysages ont gardé leur beauté sauvage, par contre les gens qui y vivent sont aux prises avec une guerre civile plus proche de l’enfer que du paradis.

Les images rapportées par Marie Dorigny nous dévoilent des rivières aux eaux vives, des contrées pastorales, la récolte du safran en famille mais également des hommes armés, des cadavres. La mécanisation est absente, tous les travaux des champs se font à la main, on aperçoit très peu les marques de la civilisation. Ces photos nous montrent également une population qui souffre et qui se réfugie dans la religion. Le livre est chapitré en fonction des saisons car les habitants vivent en contact permanent avec la nature.

- Le printemps décrit la géographie de ces 220 000 kilomètres carrés soit les deux cinquièmes de la France, avec son lac immense, ses chaînes de montagnes, sa vallée, ses routes aux allures de pistes.

- L’été est consacré aux hommes. Depuis le 16 ème siècle, cette région a connu les invasions des hordes d’Asie centrale, les occupations Moghols, les pillages des Afghans, la brutalité des sikhs, la colonisation des Britanniques, les répressions sanglantes de Dhelhi. L’activité liée aux châles de Cachemire a totalement disparue, tout comme ces 150 000 ouvriers, qui étaient encore en activité dans les années 1980. Les ateliers ont fermé leurs portes pour aller s’installer dans les zones industrielles de Delhi ou au Pendjab.

- L’automne. S’il n’y a pas d’accrochages, c’est la période touristique. Le gouvernement indien part du principe que si les touristes reviennent, l’activité économique reprendra et les habitants rejetteront les groupes armés. Bombes incendiaires et jet de grenades ont modifié le visage de Srinagar, la capitale. Selon Massoud Hussain, artiste peintre, en 20 ans les deux tiers des anciennes maisons en bois ont disparu. Les images présentent des femmes souvent voilées, des hommes et des femmes qui se rendent à la moquée, pour prier, assister à des réunions politiques de responsables indépendantistes. Désespérés, beaucoup s’en remettent aux Fakirs pour se guérir de tous les maux.

- L’hiver de la guerre. La naissance politique d’un mouvement indépendantiste remonte à 1931. Le Pakistan a envahi le Cachemire le 22 octobre 1947 et près de 60 ans plus tard, il occupe toujours un tiers de la région. En 1962, c’est la Chine qui a envahi une partie inhabitée à l’Est. L’armée indienne occupe le reste de la région dont la capitale. Depuis les années 90, on assiste à l’insurrection de groupes jihadistes qui sont soutenus par le Pakistan. C’est ainsi plus de 60 000 civils qui ont été tués par des groupes islamistes armés. La population vit dans une ambiance d’attentats, d’assassinats, de viols, de destructions punitives, de fouilles... Hommes en armes, cadavres de très jeunes combattants, femmes en pleurs, ruines fumantes, orphelinats illustrent cette partie.

En savoir plus

Le Chêne (Editeur)
Marc epstein (Auteur)
Marie dorigny (Photographe)
Parution : 01/09/2004
25 X25 cm, 160 pages, 100 photos
ISBN : 2842775406
Prix : 40 euros

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