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9 juin 2005
Didier Gualeni

Stephen Shore le paysagiste de l’Amérique des années 70

En 1973, Stephen Shore, dans l’état d’esprit de Kerouac traverse les Etats-Unis avec une chambre photographique de 8 x 10 inches dans le coffre de sa voiture. Il photographie son quotidien et les paysages trouvés sur le chemin d’errance. Chaque année il renouvelle cette expérience et constitue une série d’images intitulée Uncommon places. Un livre édité en 1982, est réédité par Aperture en 2004 enrichi avec des images que l’auteur a voulu rajouter et dont certaines sont totalement inédites.

Dans les année 70, le monde de la photo d’art est en noir et blanc, la couleur est laissée à la publicité. Stephen Shore innove, il photographie en couleur et dans cette série le vert clair revient souvent. Ce sont des couleurs douces issues d’images de lieux ordinaires, de parkings, de croisements de routes secondaires. Il capte le paysage d’une façon objective, ne tente pas de dissimuler les fils électriques, de prendre des angles de vue variés. L’absence presque systématique d’êtres humains dans les paysages rend ce livre étrange. Quand ils sont présents, ils marchent sur le trottoir, traversent la rue, Shore fige leurs mouvements, il les pétrifie. Toutes les 5 ou 6 pages apparaissent des portraits d’hommes et de femmes qui semblent habiter les lieux qui défilent sous nos yeux. Leurs habits sont de couleurs plus vives que celles des paysages. On se demande ce qu’ils sont devenus, ils fixent l’objectif et leur regard est presque gênant. Sont ils des rencontres d’une heure ou des amis auxquels il a rendu visite ?

Stephen Shore au delà de ce travail "d’ethnologue" collecte des images de chambres de motel où il dort. On peut voir ainsi une collection de télévisions d’époque. Il photographie également les mets qu’il mange, comme si toute cette série était une sorte d’accumulation de témoignages à propos d’un style de vie. Trente ans avant le phénomène des blogs, Stephen Shore illustre son quotidien en images.

Stephen Shore
© Didier Gualeni

On le compare souvent à William Eggelston. Eggelston est moins froid dans sa démarche et dans ses photos on sent que l’homme n’est pas loin, alors que chez Stephen Shore on imagine facilement que l’homme est une espèce disparue. Stephen Shore a rencontré les Becher, célèbres pour avoir collectionné les photos de bâtiments industriels et de châteaux d’eau. Ils ont en commun cette façon frontale d’appréhender leur sujet, de respecter des proportions. Stephen Shore a comme référence Walker Evans, sa démarche documentaire est effectivement présente tout comme celle d’un Eugène Atget. Ils décrivent une ville par les vitrines des boutiques, les enseignes des magasins, parfois les intérieurs des maisons, les rues et leurs croisements, les véhicules qui y circulent.

A cette période Shore monte également son projet Amarillo Tall in Texas en s’autoproclamant photographe officiel de cette petite ville où il se rend régulièrement depuis 1968. Il édite une série de 10 cartes postales imprimées à 5600 exemplaires qu’il installera dans des présentoirs à travers tout le pays en notant scrupuleusement le nombre d’exemplaires distribués chaque jour. A la fin de cet ouvrage Stephen Shore raconte à Lynne Tillman cette expérience. Les textes sont en anglais.

En savoir plus

Aperture (Editeur)
Stephen shore (Photographe)
Parution : 15/06/2004
Format : 33 x 26 cm
180 pages, 140 photos
ISBN : 1-931788-3
Prix :38 euros

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