Categories

Accueil > Articles : J’ai lu, j’ai vu > 2006 > William Eggleston - Spirit of Dunkerque

12 juin 2006
Didier Gualeni

William Eggleston - Spirit of Dunkerque

« Spirit of Dunkerque » est une aventure qui réunit les éléments d’une équation improbable dont le résultat est une bonne surprise. Qui aurait pensé que le photographe américain William Eggleston aurait envie de consacrer une série de cinquante photos à la ville de Dunkerque ?

Si cette alchimie a bien fonctionné, Vincent Gérard y est pour beaucoup. Il a réalisé avec Cédric Laty un film sur le maître : « By the way, a journey with William Eggleston ». Ce projet lui a permis d’être aux côtés du photographe pendant au moins quatre mois (sur une période de cinq ans), une véritable connivence s’est installée entre eux. Et c’est un peu par hasard qu’il a soumis l’idée d’une commande à la mairie de Dunkerque. Le maire, Michel Delebarre, amateur d’art, a tout de suite été partant. Aude Cordonnier, le conservateur en chef des musées de Dunkerque, a vu là une belle occasion pour étayer la programmation du LAAC (musée géré par la municipalité qui a ouvert ses portes il y a un an, après 10 ans de fermeture à la suite de malfaçons et dont un fond important a été constitué par un amoureux d’art). William Eggleston qui ne répond pratiquement pas à des commandes a été séduit par « the spirit of Dunkerque » qui résonne autrement plus fort outre atlantique qu’en France, il a accepté cette mission. En France, Dunkerque a un déficit d’image important, c’est la ville qui a subit les assauts des bombardements allemands puis des bombardements alliés et qui finalement a été à détruite 70 %.

© William Eggleston

Dans ce genre d’opération il y a une part d’inconnu très forte. La connaissance de Dunkerque par Eggleston est livresque, les réactions de ce maître de la photographie sont parfois surprenantes chez cet homme de soixante six ans qui en paraît vingt de plus. Vincent Gérard sait que le photographe n’est pas à l’aise dans les vernissages (le plus souvent il évite d’y aller, alors qu’il y est attendu), qu’il se rend avec difficulté aux conférences de presse, pour se retrouver dans un état second face aux journalistes.

William Eggleston
© Didier Gualeni

Il était attendu au mois d’août 2005 mais le temps étant désastreux, (il ne cesse de pleuvoir), les organisateurs préférèrent repousser sa venue. Aussi il passera huit jours à Dunkerque, au mois d’octobre 2005, avec une météo clémente, accompagné de son fils qui est à la fois son assistant et son homme d’affaires et de Vincent Gérard.
Eggleston s’est intéressé principalement au port et à son activité industrielle. La période ne se prête pas à la baignade, on ne verra rien des millions de personnes qui envahissent les plages en période estivale, il y fait allusion en photographiant des cartes postales de pin-up des années soixante. On ne verra rien non plus de la ville, de son urbanité, on ne verra presque rien non plus des 200 000 habitants de ce bassin d’emploi. Il semble attiré comme un aimant par le métal des containers, des tuyaux rouillés, des minerais, des fonderies, des machines...Chez Eggleston la représentation photographique n’est pas hiérarchisable, une fois capté par l’appareil tout devient un objet visuel de même importance. Les images qu’il donne de Dunkerque pourraient tout à fait être celles d’une autre ville, certaines couleurs évoquent nettement une tonalité, une poussière américaine. Son regard rend certains lieux méconnaissables par ceux qui ont l’habitude de passer devant régulièrement. Il a su profiter d’une lumière et d’une luminosité de fin de journée qui donne beaucoup de chaleur à ses photos. Il a travaillé comme un archéologue qui découvre des pièces intéressantes, il les décrit, les inscrit à une sorte de catalogue Egglestonien. Le résultat est plaisant, inattendu, en rien conventionnel et dans la parfaite continuité de son travail précédent. Il donne à Dunkerque une part de rêve et de poésie à un univers qui en est totalement dénué à première vue mais qui est le moteur de cette ville. A découvrir dans ce livre à la mise en page sobre et bien équilibrée mais aussi au LAAC jusqu’au 29 octobre 2006.

En savoir plus


William Eggleston (Photographe)
Biro Ville de Dunkerque (Editeur)
ISBN : 2351190173
Parution : 10 juin 2006
Format : 22x22 cm, broché avec rabats, bilingue (français/néerlandais)
Nombre de pages : 128, 50 photographies couleur inédites
Prix : 34 €

Commentaires

Répondre à cet article