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6 janvier 2007
Didier Gualeni

André Kertész

A trente et un an, pour fuir la misère, André Kertész quitte sa Hongrie natale pour la France. Il trouve dans le Montparnasse des années vingt un terreau favorable pour développer une activité de photographe indépendant qui va lui permettre de vivre en publiant ses images dans la presse française, anglaise et allemande de l’époque. A la grande époque de la revue VU, il est l’un des photographes les plus sollicités pour contribuer à son illustration. D’autres hongrois comme Brassaï ou Robert Capa ont suivi le même itinéraire quittant la France au moment de la montée du nazisme.

Chez Mondrian, 1926, Photocinégraphie, février 1934
© Donaton Kertész (Ministère de la Culture), Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Diffusion Jeu de Paume

A partir de 1927 Kertész expose à Paris et Stuttgart et Julien Levy l’exporte dans sa galerie de New York en 1931. Le monde de l’édition en 1934 le met en avant en publiant « Paris vu par André Kertés », accompagné d’un texte de Pierre Mac Orlan. Il part en 1936 pour rejoindre l’agence Keystone aux Etats-Unis, laissant en France ses négatifs pour leur exploitation commerciale, il ne les retrouvera qu’en 1963 à l’âge de 69 ans. En mars 1984 André Kertész fera don à l’état français de l’ensemble de ses négatifs et de sa correspondance alors qu’il a acquis la nationalité américaine en 1944. Kertész ne semble pas très satisfait de sa période américaine qui va de 1936 à 1962 où il travaille comme photographe indépendant ; il se sent incompris. Il restera à peine un an à l’agence Keystone et considère ses travaux professionnels de cette période comme alimentaires. Il se consacre alors à ses travaux personnels et va exposer à la Mostra de Venise, à la BNF de Paris, au Musée d’art moderne de New York. En 1975 il sera invité d’honneur des rencontres internationales de la photographie d’Arles et le centre Georges Pompidou qui ouvre ses portes en 1996 le fait découvrir en 1997 à un plus large public. André Kertész qui a cessé de se promener dans la rue va réaliser de 1979 à 1981 une série d’images prises au Polaroïd à partir de la fenêtre de son appartement newyorkais, intitulée « From my window ».

L’œuvre d’André Kertész se décompose en trois périodes : hongroise, parisienne et américaine, ses photos les plus fortes sont celles qu’il a réalisé à Paris. La plus connue, celle qui a le statut d’icône du XX ème siècle est sans conteste « Chez Mondrian ». Elle représente une entrée avec un vase en premier plan posé sur une table, il est garni d’une fleur artificielle en bois, en second plan, dans l’entrebâillement de la porte on voit quelques marches d’un escalier en colimaçon. Cet intérieur est celui du peintre néerlandais Mondrian qui habitait au 26 rue du départ dans le quartier de Montparnasse non loin de la brasserie le Dôme où Kertész retrouvait ses amis peintres et photographes. Sujet de dissertation dans les écoles d’art, cette photo est aussi un objet culte chez les collectionneurs, car cette habitation du peintre célèbre a disparu à la suite de la construction de la tour Montparnasse. Cette image en noir et blanc est surtout d’un équilibre parfait, elle est limpide et joue sur une très grande gamme de nuance de gris . Il s’agit très certainement de l’escalier photographié le plus cher au monde car ce vintage à été vendu plus de 400 000 $ aux enchères chez Sotheby’s en 2005.
Il n’est pas facile de donner une étiquette à André Kertész qui a aussi bien réalisé des photos que l’on peut classer dans la rubrique des humanistes que des images plus proches de la peinture et de la nature morte comme « Chez Mondrian », « La fourchette », « Pipe et lunettes chez Mondrian ». Kertész a photographié également des portraits et des nus, ces fameuses distorsions sans oublier sa série quasi conceptuelle « From my window ». Il photographie tout ce qui l’entoure avec humour et finesse. Adepte très tôt du Leïca, Kertész est un amoureux de l’image et de la composition. Il n’hésite pas à recadrer ses photos et ne se lasse par de faire des prises de vue en hauteur par rapport à son sujet, il écrase ainsi les perspectives et donne une vision inhabituelle à des scènes anodines du quotidien.

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André Kertész (Photographe)
Noël Bourcier (Auteur)
Relié : 110 pages
Editeur : Phaidon Press Ltd. (2 octobre 2006)
Collection : Photographie
Langue : Français
ISBN-10 : 0714896543
ISBN-13 : 978-0714896540
Prix : 23,70 euros

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