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Eric Poitevin s’expose au Plateau

dimanche 3 octobre 2004Didier Gualeni

Le Plateau (Paris 19 ème) expose, jusqu’au 21 novembre des photographies d’Eric Poitevin. On apprend que ce photographe est né en 1961, qu’il vit et travaille à Mangienne dans la Meuse. Eric Poitevin expose depuis 1991, il nous propose un choix de 30 grands formats en couleur. Ces images sont d’une extrême netteté.

Sur les murs blancs du Plateau il y a des séries : les troncs d’arbres à l’écorce verdie, les paysages de sous-bois touffus, les nus allongés sur fond blanc, les os rongés, les poteaux en bois vermoulu, les animaux morts aux couleurs dorées. L’artiste a voulu rompre la monotonie des séries en accompagnant chacune d’elles, d’une photo d’une autre série. Il crée ainsi l’image intruse, un portrait avec la série des troncs d’arbres par exemple. Il se dégage une impression étrange en se déplaçant dans cet ensemble. C’est un mélange de mise à nu, d’immobilité, de quiétude mais aussi de décomposition, de mort.

- La mise à nu :
A force de netteté on voit tout de l’écorce attaquée par l’humidité, du bois rongé par les vers, des os séparés de la chair, des corps allongés que l’on peut observer dans leur intimité. Les portraits sur fond noir mettent en avant la carnation des visages, la tristesse des regards.

© Eric Poitevin

- L’immobilité, la quiétude :
Les troncs d’arbres à l’écorce verdie dont le cadrage est celui d’un portrait, immobiles, centenaires peut être, nous regardent. On voit bien dans les paysages de sous bois touffus qu’il n’y a pas de brise, pas le moindre souffle de vent. On entend qu’il n’y a pas un bruit, c’est un paysage d’un calme absolu, presque inquiétant. Les nus allongés sont pétrifiés dans une pose identique à celle des habitants de Pompéi, on les dirait figés pour l’éternité, ils ne semblent pas inquiets de leur sort, ils sont impassibles. Les poteaux en bois vermoulu, sont photographiés en studio, tel un produit de luxe, sur fond blanc avec un éclairage artificiel, ils ne touchent pas le sol, ils flottent dans l’air. Les os sont posés sur un sol blanc de studio, des gros os à moelle coupés à la scie avec parfois des traces de viande encore accrochée. Les portraits représentent des jeunes femmes dont le regard fixe l’objectif, sans sourire, avec une sorte de lassitude interrogative dans le regard. Elles adoptent une posture figée, le vert du pull de l’une d’entre elle la fait baigner dans la tonalité végétale ambiante. Les animaux morts aux couleurs dorées sont d’une grande beauté. Leur état et leur rigidité cadavérique les rendent immobiles. Ils ressemblent étrangement aux dessins rupestres que nos ancêtres ont dessinés sur les parois des grottes. Au premier regard on voit qu’il s’agit de pelage d’animaux. On devine la plaie qui leur a été fatale. Ils ne sont pas en couleur naturelle mais en négatifs solarisés avec un effet doré. Ils sont réunis dans une salle qui ne dispose que d’une petite entrée, un peu comme s’il s’agissait d’une grotte. L’éclairage violent des néons nous ramène vite à notre époque.

© Eric Poitevin

- La décomposition, la mort :
Ces composantes sont omniprésentes dans les animaux abattus, les os décharnés, les buissons sans feuilles aux branches sèches, les poteaux vermoulus, les êtres allongés gisants. Leur mort n’est pas triste, elle est même parfois très esthétique, sans être gaie. Cet état de décomposition s’inscrit dans un cycle, le cycle de la vie.

Eric Poitevin réalise des images monacales, d’une grande simplicité, elles imposent le silence, presque le recueillement.

© Eric Poitevin

Informations pratiques

Le Plateau
Angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci
75019 Paris
Tél : 01 53 19 84 10
Site Internet : http://www.fracidf-leplateau.com
Métro : Jourdain (ligne 11) ou Buttes-Chaumont (ligne 7 bis)
Ouverture du mercredi au vendredi de 14h à 19h, le samedi et dimanche de 11h à 19h
Fermeture les 25 décembre, 1er janvier et 1er mai
Entrée libre

Depuis janvier 2002, le Frac Ile-de-France assure la gestion d’un nouvel espace d’art contemporain à Paris : le Plateau. La direction artistique de la collection est assurée par le directeur du Frac, Bernard Goy, et la programmation du Plateau, indépendante de la politique d’acquisition, est définie par Caroline Bourgeois. Le Frac Ile-de-France est une initiative du Conseil régional d’Ile-de-France.

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