Categories

Accueil > Articles : J’ai lu, j’ai vu > 2005 > Etats imaginés

17 octobre 2005
Didier Gualeni

Etats imaginés

Depuis 1995, sous l’égide de la Fondation de France, la Fondation HSBC pour la Photographie aide des photographes professionnels peu connus et n’ayant pas édité leurs travaux. Ainsi elle désigne tous les ans deux lauréats et coédite avec Actes Sud leur premier ouvrage monographique. Cette année, Birgitta Lund et Eric Baudelaire sont les heureux élus.

Le travail d’Eric Baudelaire est regroupé sous le titre d’Etats imaginés. Ce photographe s’est rendu en Abkhazie qui était une partie de la Géorgie et qui a fait sécession il y a 10 ans. L’Abkhazie a obtenu son indépendance par les armes et attend depuis sa reconnaissance par la communauté internationale. Ce conflit qui a opposé Azéris et Géorgiens a fait 10 000 morts de part et d’autre. Jadis cette destination touristique de l’ex URSS portait le nom de « perle de la mer Noire ». Eric Baudelaire en rapporte une vision partielle et personnelle qui situe son travail en dehors du reportage ou de la photo documentaire. Tout semble s’être figé depuis 10 ans, les bâtiments détruits par les bombardements n’ont pas été reconstruits, les chantiers de construction qui étaient en cours ont été stoppés, dévastés, les stations balnéaires sont vides mais les palmiers, eux continuent leur croissance. C’est un pays exsangue ou le cahot règne, gangrené par une mafia qui use d’un espace de non droit pour développer toutes sortes de trafics. Kofi Annan déclarait le 12 octobre 2005, "Nous n’avons pas réalisé les progrès escomptés mais nos efforts continuent"...

(Sans-titre) Etat Imaginé, 2004
© Eric BAUDELAIRE Lauréat 2005 de la Fondation CCF pour la Photographie

Cette attente interminable se retrouve dans les images rapportées par Eric Baudelaire. Ces photos montrent avant tout des paysages ou ressortent, l’abandon, la tristesse et la nostalgie. Il nous met en position de témoin d’une jetée écroulée, d’une route qui ne mène nulle part, d’une rivière bucolique où sont embourbées des carcasses de voitures rouillées. Dans ces paysages on aperçoit parfois des hommes, ils attendent tous, un jeune homme s’est même endormi devant un écran de télévision. Il n’y a que les enfants qui semblent être actifs mais il y en a très peu qui apparaissent au détour des 90 pages de ce livre d’images. Les femmes sont quant à elles totalement absentes. La vision esthétique que porte Eric Baudelaire sur l’Abkhazie, ressemble à un conte, à un décor de film glauque, comme Jeunet et Caro ont su créer dans La Cité des enfants perdus ou Delicatessen. Ici il ne s’agit pas d’un décor de film mais bien d’une réalité, celle d’un territoire sans statut, d’un état qui n’existe pas, d’une lente décomposition.

En savoir plus

Actes Sud (Editeur)
Eric baudelaire (Photographe)
Parution : 2 septembre 2005
22 x 28 cm
94 pages
ISBN : 2742756175
14,50 euros

Commentaires

Répondre à cet article