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Landscapes with a Corpse

samedi 11 avril 2009Didier Gualeni

Mais d’où vient cette étrange attraction vers le morbide qui nous pousse à tourner les pages du livre de Izima Kaoru intitulé, Landscapes with a Corpse en français, "paysages avec un cadavre" ? Le jeu pour le lecteur, consiste à scruter un paysage pris en photo de loin pour y découvrir le cadavre d’une femme dans un plan plus rapproché, l’image ne laisse alors aucun doute, elle a souvent le corps désarticulé d’un pantin, parfois on aperçoit des traces de sang ou l’impact d’une balle. Par miracle la victime a toujours les yeux grands ouverts en direction d’un point de fuite qui nous échappe. Le visage de ces femmes n’est jamais traversé par un rictus d’horreur, il repose en paix.

Au premier coup d’œil on sent qu’il y a quelque chose de Guy Bourdin dans l’inspiration initiale de ce photographe de mode qui constitue et complète cette série depuis 1993. Il expose son travail dans des institutions et des galeries au Japon, en Italie, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Guy Bourdin avait été abandonné par sa mère, ce qui a pu donner un début d’explication à la façon dont il a mis en scène les femmes tout le long de sa carrière. On ne sait pas si Izima Kaoru "en veut à mort" aux femmes mais il se livre à un jeu assez pervers. Ses modèles, qui sont des actrices ou des mannequins, en majorité japonaises, ne doivent pas être superstitieuses. Il leur demande en effet, de lui proposer le contexte de leur mort et les vêtements qu’elles aimeraient porter le jour de leur enterrement. Ses complices se fournissent toutes en vêtements chez les grands couturiers de la planète, ce qui renforce le côté irréel des images. Izima Kaoru s’occupe de la mise en scène et du découpage séquentiel de son récit. Son travail n’a rien à voir avec les photos d’un Weegee qui se branchait sur la même longueur d’ondes que la police pour être sur le lieu du crime avant tout le monde, il en résultait des images noires et crues d’un cadavre encore chaud.

Ua vêtements Toga, 2003

Ici, nous sommes dans une forme de violence propre, une violence de luxe, froide et riche en couleur, obtenue par la présence de mannequins d’une grande beauté, une excellente maitrise de l’éclairage et la complicité de tout le gratin de la haute couture. Nous ne sommes en rien dans le porno chic des années 80, il n’y a ici, aucune connotation sexuelle ou pornographique provocante dont David Lachapelle, par exemple est un habitué.

Le photographe arrive à nous captiver par la diversité de ses lieux de crime, on passe d’un paysage de montage enneigée, à un champ de tournesols, à une route de campagne, sans oublier la forêt profonde ou la crique en bord de mer. Les paysages urbains ont également leur place dans cet opus : salle d’attente d’aéroport, bureau dans une tour de verre, toilettes pour homme dans un lieu public, toiture terrasse d’immeuble, bar, salle de jeux de machines à sous… Ses paysages naturels sont souvent hostiles, la force de la nature contraste alors avec la fragilité de la vie humaine qui est accentuée par la jeunesse des victimes. Ses photos fonctionnent par séries de 3 ou 4 images avec des points de vue différents. Tel un vautour, Izima Kaoru n’hésite pas à percher très haut son boitier pour donner une vue d’ensemble à la scène en s’aidant d’un grand angle, puis il ressert le point de vue pour arriver parfois à quelques centimètre du visage de la victime qui est au sol. La mise en page du livre renforce le suspense quand il faut tourner la page pour trouver la solution.

Tominaga Ai vêtements Prada, 2003

Sur le terrain de la mise en scène de crimes, Izima Kaoru n’est pas le seul. On citera la photographe et chanteuse Nicola Kuperus qui s’amuse sur le même thème, elle n’utilise que des victimes femmes avec un brin d’humour en plus, tout comme une autre femme, Mélanie Pullen avec sa série High Fashion Crime Scenes. Enfin en 2006, une jeune française, Delphine Balley a présenté ses Histoires vraies qui sont, à contrario de véritables reconstitutions de faits divers tirés du journal Le Matin. On le voit la mort reconstituée, celle "pour de faux", ne fait pas peur au monde de l’art, elle se développe à côté de la vraie, celle des anonymes victimes des guerres, des tsunamis et des tremblements de terre que l’on peut voir dans les journaux.



Photographe : Izima Kaoru
Relié : 192 pages
Editeur : Hatje Cantz (12 novembre 2008)
Langue : Anglais, Allemand
ISBN-10 : 3775722378
Prix : 74,10 €

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