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Le livre de photographies : une histoire

dimanche 13 mai 2007Didier Gualeni

Depuis près de 15 ans le marché de la photographie a pris un essor considérable. Si au début des années 80 il était possible pour l’amateur de s’offrir des photographies de photographes contemporains connus, il faut à présent des ressources sans commune mesure pour satisfaire sa passion. Aussi le plus grand nombre s’est rabattu sur les livres de photographie pour garder un souvenir d’une exposition ou pour constituer son musée personnel.

Paradoxalement, le livre de photographie semble plus accessible en 2007 qu’il ne l’était il y a 20 ou 30 ans. Pour le photographe le livre est bien souvent l’aboutissement d’une démarche et une marque de reconnaissance, c’est également un formidable moyen de diffusion pour faire connaître son travail au plus grand nombre. Ces amoureux du livre de photo ont engendré un nouveau marché. Comme certaines bouteilles de vin, les livres de photo prennent de la valeur avec les années. A titre d’exemple on trouve des livres de Bernd & Hilla Becher dans des éditions originales de 1993 à plus de 150 euros.

En 2006, Martin Parr, photographe de Magnum et grand collectionneur notamment de livres de photographies, s’associait à Gerry Badger, historien de la photo, pour publier chez Phaïdon le premier livre d’histoire du livre de photographies. Le tome 1 couvrait la période qui va de l’origine de la photographie aux années 60-70. Le tome 2 vient de paraître, il nous conte la suite de cette histoire inédite jusqu’à nos jours.

Le chapîtrage est assez déroutant : il part de la prédominance américaine sur le sujet pour nous entraîner dans une visite géographique, qui commence par les Etats Unis puis l’Europe et le « monde ».
Les auteurs utilisent ensuite sur une présentation thématique :
- Le livre d’artiste
- Le livre de photographie d’entreprise
- L’éditeur comme auteur
- Le livre de photographie « engagé » depuis la seconde guerre mondiale
- La tendance Düsseldorf
- De la vie moderne et de la photographie
- L’ultime livre de photographie.


Chaque chapitre fait l’objet d’une analyse pragmatique et compréhensible par tous. Les 200 livres référencés dans ce tome 2 sont commentés, quelques images reprennent la couverture et des pages intérieures. Les illustrations sont de tailles variables, certaines occupent la moitié de la page, d’autres sont parfois trop petites. Néanmoins la variété de la taille des illustrations permet d’éviter l’effet monotone d’un catalogue.

Les travaux des photographes portent souvent sur un sujet qui devient une sorte d’obsession, de monomanie. L’image isolée perd alors de sa force quand elle n’est pas associée à plusieurs images de la série. Il s’agit ici de l’atout majeur du livre car il permet de présenter l’ensemble du travail du photographe. On citera notamment les ouvrages étonnants de :
- Bernd & Hilla Becher, qui ont passé une partie de leur vie à photographier des châteaux d’eau, des Hauts fourneaux et autres éléments d’architecture industrielle.
- Chritien Meindertsma qui fit l’acquisition d’un container d’objets confisqués par la douane dans les aéroports. A la suite du renforcement des mesures de sécurité dans les avions, des milliers de personnes se sont vues confisquer des couverts, paires de ciseaux et petits couteaux. Chritien Meindertsma les a photographiés par série comme s’il s’agissait d’un catalogue de vente par correspondance.
- Richard Misrachqui qui passera plusieurs années à rassembler des images de cactus pris la nuit dans le désert pour donner naissance au livre Desert Cantos (le chant du désert).
- Henri Maccheroni avec ses Cent photographies choisies dans la série « Deux mille photographies du sexe d’une femme », qui produit une série étrange, inattendue et poétique.
- Christian Boltanski avec son Inventaire des objets ayant appartenu à une femme de Bois Colombes.
- Rudolf Schafer avec Der Ewige Shlaf - Sommeil sans fin : visages de morts.
La liste serait trop longue à établir mais nous citerons pour en finir, Wolfgang Schmidt et ses pots d’échappement, Gordon Matta-Clark et ses murs de papiers peints, Oliviero Toscani et son encyclopédie du caca…

Par ailleurs nous assistons à un phénomène qui tend à se développer et qui consiste à utiliser les photos des autres comme Tadanori Yokoo et sa collection de 13 000 cartes postales de chute d’eau, ou Dick Jewel avec son livre de photos trouvées.

Par son caractère encyclopédique et sa qualité de fabrication nous avons à faire à un beau livre qui permet d’élargir et d’approfondir sa culture photographique. Ce livre de référence permet également de remette tel ou tel ouvrage dans le contexte de sa publication et d’appréhender le travail de plusieurs photographes qui se sont croisés à la même époque. Il se termine par un clin d’œil sur un livre d’Alexander Honory The Lost Pictures (les images perdues) qui ne contient pas de photo mais qui évoque les photos ratées ou celles que l’on aurait aimé faire et qui n’ont pas été prises au bon moment.


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Le livre de photographie
Martin Parr (Auteur), Gerry Badger (Auteur)
Broché : 336 pages
Editeur : Phaidon Press Ltd. (13 avril 2007)
Collection : Photographie
Langue : Français
ISBN-10 : 071489706X
Prix : 75 euros

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