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Loulan Beauty

lundi 11 février 2008Didier Gualeni

Claudine Doury est une passionnée des pays de l’Est, de l’Asie centrale postsoviétique et du Xinjiang. Elle est allée à la rencontre de la « beauté de Loulan », cette femme de 45 ans à la beauté légendaire. Sa passion et sa curiosité l’ont conduite au musée d’Urümqi où « Loulan Beauty » repose. L’écrivain japonais Inoue dit qu’elle est « l’ancêtre des chinoises aux yeux verts, les Ouïghoures » un peuple turcophone qui vit dans le désert du Xinjiang. « La beauté de Loulan » est en réalité une momie découverte en 1980 dans le Xinjiang, en Chine. Elle atteste la présence humaine dans cette région il y a 3800 ans d’un peuple d’origine caucasienne.

Après Peuples de Sibérie (Seuil 1999), Artek (La Marinière 2004), Claudine Doury nous entraine dans des contrées perdues, dans des villes où le sable a remplacé la mer d’Aral, dans un voyage hors du commun, une errance entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Xinjiang et le Kirghizstan.

A la recherche de la mer d’Aral, Kazakhstan 2003
© Claudine Doury

Il est difficile à priori de savoir dans quel pays l’on se trouve, le bus qui nous conduit sur la piste a son pare-brise étoilé en bas à droite, la moto croisée en chemin est d’une autre époque, les femmes rencontrées semblent avoir les yeux bridés mais pas cette petite fille à la robe orangée, décorée de pâquerettes. Et puis surgit un bateau tout rouillé, échoué dans le sable et une jeune fille de dos au premier plan. Elle s’est parée pour une fête d’un habit rose à paillettes et d’un chapeau blanc surmonté de plumes, elles aussi, roses. Nous sommes à Aralsk, là où la mer d’Aral s’est retirée. Le ciel est clair et le sable a recouvert le cimetière orthodoxe, on devine ici et là, la trace des sépultures. C’est jour de fête, le dernier jour d’école, les jeunes garçons ont mis leur costumes et leurs chaussures du dimanche. La journée passe, la nuit tombe et le bleu du ciel se mélange au rose du soleil qui se couche, quelques enfants jouent sur cette route ensablée qui ne mène nulle part.

Le cimetière orthodoxe d’Aralsk, Kazakhstan 2003
© Claudine Doury
Le dernier jour d’école à Aralsk, Kazakhstan 2003
© Claudine Doury
L’ancien port d’Aralsk, Kazakhstan 2003
© Claudine Doury

Au cours de cette errance Claudine Doury est partie à la recherche des descendantes de Loulan Beauty. Aux environs de Tachkent (Ouzbékistan) elle photographie Lola, sa jeunesse, sa beauté et son anxiété. Au bord de la route elle regarde une dernière fois le paysage de son enfance avant de partir travailler à Moscou. Il y a aussi Malika de Samarcande, devant un mur bleu vert, elle fixe l’objectif avec ses yeux gris, du haut des ses 7 ou 8 ans, elle nous dit qu’elle sera patiente encore car elle attend le retour de ses parents, partis depuis quatre ans, travailler en Corée. Ses longues tresses traditionnelles font alors penser à celles que Loulan Beauty arborait il y a presque 4000 ans. La tradition est forte dans le Xinjiang, pourquoi cette jeune femme en robe de marié porte-elle un voile noir sur la tête qui lui cache les yeux ? La légende nous indique qu’il s’agit d’un mariage forcé, elle attend dans le coin d’une pièce. Quelle sera sa surprise quand elle découvrira son mari, pense-t-elle aux enfants qu’elle engendrera, aux petites filles qui comme elles seront soumise à cette loi qui privilégie les intérêts patrimoniaux aux sentiments, à la loi qui donne des droits aux garçons et pas aux filles ?

Assiel (miel en Kirghiz) Barsköon, Kirghizstan 2004
© Claudine Doury

Au Kirghizstan, Asssiel est allongée sur les sièges d’un bus, elle semble loin de tout cela, elle voyage libre, détendue. Elle a belle allure avec ses lunettes de soleil, le visage figé et les mains posées sur le ventre, on dirait une princesse endormie, une vielle photo délavée montrant un paysage enneigé accompagne ses rêves.

Les photos de ce livre ont une couleur et un grain qui leur donnent beaucoup de chaleur, on ressent également de l’humanité dans l’acte photographique de Claudine Doury. Elle nous transporte dans un autre monde, bien loin de celui que nous connaissons en Europe, un monde où les conditions de vie sont difficiles, elle en capte des instants privilégiés. Il est vrai que les personnes photographiées ne sourient pas vraiment, il y a de la retenue, de la pudeur et parfois de la nostalgie dans leur regard. Nostalgie inconsciente d’une époque où les royaumes installés sur la route de la soie étaient prospères et où la mer d’Aral était source de vie. La mer est partie et ceux qui sont restés ne s’en sont pas remis.



Loulan Beauty
Photographe : Claudine Doury
Broché : 124 pages
Editeur : Editions du Chêne (21 février 2007)
Langue : Français
ISBN-10 : 2842777409
Prix : 45€

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