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Photographier la guerre d’Algérie

lundi 11 octobre 2004Didier Gualeni

Beaucoup de textes pour expliquer, pour remettre dans l’ordre les évènements. Les horreurs de la guerre, la mort en direct, les souffrances, des images sensurées à l’époque font surface.

L’exposition " Photographier la guerre d’Algérie " est le premier bilan complet sur la manière dont cette guerre a été représentée. Elle montre des tirages d’époque, des agrandissements modernes, des albums, des extraits de presse, des affiches, des oeuvres d’art. Même avec le déséquilibre inhérent à la situation, elle rappelle toujours la production du côté algérien. En quelques 225 photographies et documents, elle s’articule en trois parties

photo, Kryn Taconis

Quels photographes ?

Cette première partie met en lumière la diversité du statut des auteurs de Photographie prise par un appelé. Régiment d’artillerie, photographies. Elle s’attache d’abord au rôle des agences ou des ° pools " créés par les journaux.

Images secrètes / Images censurées

La deuxième partie de " Photographier la guerre d’Algérie " fait l’inventaire des " figures " de cette guerre. La mémoire photographique de la guerre d’Algérie semble avoir laissé peu de traces dans la société française, après l’indépendance, en 1962. Les français ne paraissent pas éprouver le besoin de revisualiser cette séquence noire de leur Histoire, à la différence des Américains qui ont transformé sans délai leur défaite au Vietnam en fait d’Histoire. Pourtant un stock important d’images existe.
Du côté français, comme du côté algérien, le cours des événements s’illustre par des thèmes récurrents.
Le reportage auto-censuré par l’agence Magnum de Kryn Taconis en 1957 est ici montré dans son intégralité. Des photos inédites d’octobre 1961 sont révélées, à côté de-celles parues. Des scènes dures sont saisies, tandis que l’inmontrable (ta torture, l’horreur) est évoqué.

Photo, Dickey Chapelle

La diffusion

La dernière partie de l’exposition insiste sur un point essentiel : qu’ont vu les populations d’Afrique du Nord ainsi que celles de métropole et celles du reste du monde de cette guerre ? Quel fut le tamis de la censure et l’amplificateur de la propagande ? La presse (dont le journal clandestin du FLN), mais également les tracts illustrés et les affiches, permettent d’aborder la question de la diffusion de masse des stéréotypes, mais aussi d’indiquer tout ce qui s’en échappe, toutes les visions non contrôlées d’une guerre qui ne dit pas son nom.
Cette partie de l’exposition permet également de prendre connaissance de l’énorme travail visuel entrepris par les services de l’armée française dans les villes et les campagnes d’Algérie. Travail d’observation, de renseignement, de surveillance des populations jugées " perméables " à (influence de l’indépendantisme algérien, mais aussi de mise en scène photographique à des fins de propagande. Au moment de l’ouverture des archives militaires en 1992, cet énorme amoncellement d’images montre une Algérie véritablement en guerre. Entre censure et propagande, toutes ces photographies anticipent la vague du photo -journalisme de guerre qui se développera avec le Vietnam.

Photo, Marc Garanger

Expo portraits de femmes de Marc Garanger du 1er au 31 mars 2004

Commissaires de l’exposition
Laurent Gervereau, Président de l’Institut des Images et directeur du site http://www.imageduc.net, et Benjamin Stora, professeur d’Histoire du Maghreb à l’INALCO (langues orientales, Paris).

Liens

- L’Humanité Exposition. Par Magali Jauffret - " Photographier la guerre d’Algérie montre des séries souvent inédites mais n’expose pas le regard algérien et fait l’impasse sur la torture".

- Photographier la guerre d’Algérie. Par Fanny Servole


Hôtel de Sully
62, rue Saint-Antoine -5004 Paris Tél. : 01 42 74 47 75 _ Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h30
Entrée : 4 € / Tarif réduit : 2,5 €

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