Categories

Accueil > Articles : J’ai lu, j’ai vu > 2010 > Winter Stories de Paolo Ventura

10 janvier 2010
Didier Gualeni

Winter Stories de Paolo Ventura

Le cirque a inspiré des photographes comme Diane Arbus ou Sarah Moon. Les images de ces photographes qui nous viennent à l’esprit sont chargées de mystère, comme l’avaleuse de sabre qui pose devant la toile du chapiteau, ou la compagne du lanceur de couteaux, attachée sur la cible tournante. Clowns, trapézistes et dompteurs font partie d’un univers en voie de disparition qui intrigue et passionne. Paolo Ventura lui redonne vie en mettant en scène des images qui font appel à l’imaginaire.

Ce photographe italien qui vit à New York, a créé de toute pièce la maquette d’un pâté de maison d’une petite ville italienne et s’est glissé dans la peau d’un artiste forain qui raconte ses souvenirs. Souvenir d’un hiver qui l’on peut situer entre les années 1930 et 1940. On voit une affiche collée à un mur, puis les pieds d’un funambule qui avance dans les airs, un clown qui fait un numéro de prestidigitation, un dompteur, un avaleur de sabre, un homme orchestre… Entre ces tableaux sont intercalées des scènes de la ville avec par exemple, un homme inquiétant en gabardine sombre et chapeau mou, qui sort d’un cinéma, une femme qui regarde dans la rue, cachée derrières les rideaux d’un café, un soir de nuit sans lune, une étrange valise qui contient une jambe humaine, le quai d’une gare, un arlequin sur son lit : Dort-il ? Est-il mort ?

© Paolo Ventura 2007 – 2009

Paolo Ventura n’a pas besoin d’acteurs, il les réalise lui-même, il les habille et les dirige dans sa maison de poupée. Il est très précis sur les détails. Dans la chambre de l’arlequin par exemple, il y a le chapeau de l’homme allongé, posé sur le bord de la fenêtre. On voit du givre sur les vitres, une plante verte en transparence à l’extérieur. La porte de son armoire est ouverte et son corps se reflète dans son miroir, du papier à fleurs décore l’intérieur de l’armoire. Ces images sont à la fois amusantes nostalgiques et intrigantes, on sent une intensité dramatique, s’agit-il d’une tournée ratée sans public qui a ruiné la troupe, de la montée du fascisme, d’un fait divers sordide qui est arrivé à ce moment là, peut être tout cela à la fois, on ne le saura pas.

L’utilisation de personnages fictifs fait penser à l’univers troublant de Bernard Faucon qui utilisa longtemps des mannequins de vitrine pour créer en pleine nature, des scènes de jeux d’enfants. Nous sommes là dans une autre dimension et dans des décors créés de toute pièce mais on ressent le même trouble, ce ne sont pas des vrais personnages mais le souci du détail arrive à nous en faire douter. Les figurines de Paolo Ventura le placent dans un courant de la photographie qui met en scène des miniatures comme le font occasionnellement Cédric Delsaux, Jeff Thomas et John Massey et le font régulièrement Thomas Doyle, Slinkachu et Walter Martin & Paloma Muñoz.

© Paolo Ventura 2007 – 2009

Paolo Ventura www.paoloventura.com a été révélé en France au cours du Festival international de la photographie d’Arles en 2006 avec sa série « scènes de guerre ». On peut voir jusqu’à la fin du mois de janvier à la galerie Caméra Obscura à Paris ses remarquables photos de la série « Winter Stories ».

En savoir plus


Winter Stories
Photographe : Paolo Ventura
Relié : 120 pages
Editeur : Contrasto (29 septembre 2009)
ISBN : 8869652092
Prix : 68 €

Commentaires

Répondre à cet article